2018-12-28

De l'écriture en continu

L’écriture en continu (à ne pas confondre avec la scriptio continua des Anciens) est une technique que je mets en œuvre dans plusieurs de mes écrits. Elle consiste à écrire sans s’arrêter. Elle est distincte de la technique automatiste en ce qu’elle ne vise pas à cesser de se censurer. C’est une approche qui reste responsable. En ce sens, elle est profondément chrétienne. Il y a plusieurs avantages à l’utiliser. D’une part, elle offre une rapidité d’écriture que d’autres approches ne permettent pas. Bien que j’aime les plans, ceux-ci peuvent être paralysants et empêcher les découvertes. En effet, on ne sait pas toujours ce que l’on veut dire à l’avance. L’écriture elle-même permet souvent de trouver ce que l’on cherchait sans le savoir.

Les découvertes que l’écriture permet sont aussi de l’ordre du style. Un vocabulaire se forme, des formules apparaissent que l’on n’aurait pu prévoir. Pourtant, il arrive à plusieurs moments que l’écrivain (moi) soit (que moi soit), que l’écrivain soit soi ou soit lui diffère selon des subtilités phénoménologiques que l’écriture en continu permet de mettre en scène, de faire apparaître…) - digression, encore une fois. La digression devient stylistiquement souhaitable, voulue, assumée. J’aspire éventuellement à pouvoir écrire d’un jet dans un style similaire à celui de Gérard Genette. Densité du texte. Donc, il faut après certains temps que je récapitule. La récapitulation de ce qui vient d’être dit permet de passer à une prochaine étape en gardant ce qui sera nécessaire pour continuer le chemin – pour continuer à écrire. Tantôt j’ai voulu dire cela que je n’ai pas dit et que je vais dire à l’instant (je retourne lire ce qui précède, et, grâce aux associations des idées je me souviens de ce que je voulais, comme dans une conversion, lorsque l’on oublie ce que l’on voulait dire et que de dire ce que nous disions avant d’oublier ce que nous allions dire nous permet de retrouver ce que nous voulions dire – digression forte productive, car je viens de trouver une image très explicative de ce qui importe dans le mon travail d’écriture – je crois que je pourrais masquer ce qui est facultatif ici – mais ceci est aussi facultatif – haha. Le problème de l’écriture en continu est la continuité. Et cette continuité se résout dans la faculté même de l’esprit à poursuivre une activité même si cette activité n’est pas prévue – ce que je veux dire c’est que l’homme a le pouvoir quasi miraculeux de pouvoir parler sans s’arrêter, même s’il ne sait pas d’avance ce qu’il va dire. Oui, il peut continuer d’écrire. Au pire, il n’a qu’à écrire, ou au mieux dis-je, il n’a qu’à écrire-qui-est-aussi-penser à ce qu’il est en train d’écrire. Cela peut sembler quétaine, banal de dire cela, mais il y a un réel pouvoir qui se manifeste dans l’écriture sur l’écriture. Mon hypothèse est que d’écrire sur l’écriture permet de découvrir des procédés pouvant être appliqués à d’autres sujets. Combien de pages à l’heure est-ce que je pourrai écrire grâce à technique de l’écriture en continu ? Je devrai le calculer en temps et lieu. L’écriture en continu me permet de trouver de nouvelles questions, questions qui trouveront peut-être des réponses en cours de route. Il est un proverbe qui dit : « c’est en forgeant qu’on devient forgeron ». Il s’agit ici de l’appliquer à l’écriture écrivant le plus possible dans un temps alloué. L’une de mes ambitions est de trouver de bons moyens de débloquer ma verve. Je souhaite éventuellement mettre en schéma les procédés que j’aurai trouvés. Il est important de révéler l’aspect étroitement lié à la pensée de l’écriture qui est une sorte de réflexion de la réflexion. Parfois, certaines phrases qui semblent ne pas faire beaucoup de sens sont primordiales, car elles manifestent quelque chose de la pensée. Ce qui est manifesté permet de comprendre la pensée plus en profondeur. L’écriture en continu me sert à développer mon style tout en manifestant ce développement, dans un produit en partie fini. De toute manière il y aura finition.

Je me rends compte à travers les quelques mots qui précèdent que des thèmes ayant déjà été abordés par d’autres surviennent. Il y a dans mon travail des thèmes valériens et phénoménologiques. La question se pose alors de savoir pourquoi refaire ce qui a été fait. Très brièvement on peut répondre que cela permet de se bâtir un héritage. Cela permet de produire du contenu dont je possède les droits. Valéry a d’abord tenu secret son projet des Cahiers. Pour ma part, j’hésite à publier le contenu des présentes réflexions. En fait, il est ici question d’auto-évaluation. Quand est-ce que mes écrits seront prêts à être publiés? D’une certaine manière il est important de les confronter à d’autres écrits. On pourra se souvenir d’un des critères d’évaluation moderne de l’art : l’originalité des problèmes et l’efficacité des solutions. On peut se demander alors si mon problème est original et si mes solutions sont efficaces.
Pierre-Luc VERVILLE