2018-10-24

Jazz povera

Ces derniers temps, je me question sur la « continuité conceptuelle » (Zappa) de ma pratique artistique. La difficulté de rabouter les morceaux est occasionnée par la diversité des disciplines que convoque mon travail. De plus, j'utilise de plus en plus les médiums électroniques, ce qui n'est pas sans me rendre la tâche plus aisée. En particulier, les médiums contemporains comme le blogue manquent de modèles et rendent la légitimation plus difficile.

Tout de même, j'ai connecté certains fils ces jours-ci grâce à mon exploration du monde du chiptune. Entre autres, j'ai découvert une pièce de John Zorn ré-interprétée au moyen d'une SID chip, la puce du Commodore 64. J'avais déjà décidé que je me servirais de sons 8-bit pour un projet d'album mélangeant jazz et chiptune que je prévois intituler Chipjazz.

Ce qui m'intéresse dans le chiptune c'est le minimalisme de l'instrumentation. Les timbres sont légers, d'un point de vue informatique, mais ils permettent de créer de riches effets.

Mais comment ce projet se connecte-t-il aux autres projets de [ma] pratique artistique ? D'abord, le fait de produire des pièces pour électronique n'est pas sans soulever la question de l'ontologie de l’œuvre d'art. Autographie de l'interprétation et allographie de la composition... Ensuite, nous entrons dans l'univers de l'électronique par une voie qui n'est peut-être pas royale, mais qui manifeste les origines du paradigme esthétique dans lequel nous vivons. Ce paradigme que nous pourrions qualifier de vidéo-ludique est ce sur quoi mon travail s'attarde.

En arts visuels, mon approche, que je qualifie de critique institutionnelle, est conceptuelle.

En musique, je travaille de manière analogue, mais dans un vocabulaire complètement différent, la discipline oblige. On peut se demander dans quelle catégorie classer mes compositions : Musique expérimentale ? Jazz ? Musique électronique ? Rien n'est certain. J'y suis responsable en raison du pluristylisme de mes œuvres...

En jazz, je cherche à exagérer l'utilisation du vocabulaire sous-disciplinaire. En produisant du jazz pour électronique, je suis tout à fait conscient de travestir le genre. Or, comme dans ma pratique photographique, j'invite le spectateur à conceptualiser le jeu des instruments.
Pierre-Luc VERVILLE